Que des champions du monde dans ma team

Que des champions du monde dans ma team

Il y a quelques semaines, nous partions pour la première aventure gravel de l’année. Tout juste sorti du confinement, équipé de nos belles sacoches et bien entouré d’une équipe… solide! 

Retour sur ces quelques jours en terres Italiennes.

 

La génèse


16 Février 2020, Emilien Jacquelin se paye Johannes Boe au terme d'un sprint d'anthologie à faire pâlir les meilleurs sprinteurs du peloton.  Sprint à l'issue duquel il obtient son premier titre de champion du monde (et pas le dernier). 
Comme beaucoup de cyclistes en mal de cols ensoleillés l'hiver, je suis devant ma télé pour vivre ce moment. Je comprends qu'Emilien a une histoire avec le vélo et que cet athlète est atypique.

Quelques semaines plus tard, nous échangeons sur Instagram et je suis agréablement surpris de sa réponse et son enthousiasme envers Matchy. Il étrenne un maillot sur les pentes du Ventoux, on se croise sur ses terres dans le Vercors lors d'un périple gravel, et on débrief de notre dernier trip gravel en Italie qui semble lui avoir donné des idées.

 

L'idée 

Une saison de biathlon plus tard (avec un nouveau titre de champion du monde dans la musette, back to back), arrive le temps de penser à l'intersaison. Ce doux moment entre confinement et reprise du fond ou le goût du Spritz est censé adoucir une saison longue et éreintante.
Entre temps je reçois une petite notification Instagram « dites moi que vous repartez en Mai? »

 

Ni une, ni deux, je prépare quelques traces, une nouvelle fois grâce à l'aide d'Openrunner. Le choix semble rapide: "On aime trop les pizzas", ça tombe bien, je suis pas fâché avec la mozzarella et Martin non plus! Ah oui, entre temps Antonin Guigonnat et Martin Fourcade sont venus compléter les rangs. Quelques watts et médailles d’or en plus!

Une équipe complète avec Antoine, un bon ami déjà présent sur le trip en 2020, régler comme une montre suisse, il est à la tête de Season, pour vos séjours VTT et ski.

 


Veille de départ


Après quelques soirées à étudier les différentes options et découper la trace, on envoie tout ça sur le Wahoo. On remplit les sacoches Apidura et on choisit les maillots qui matchent avec le beau bike Cannondale prêté pour l’occasion. Un bon moyen de tester la fourche Lefty.
On oublie pas le cuissard cargo, meilleur allié pour ce type de séjour.


Le départ

Mercredi 5 Mai, le bus magique part de Morzine avec son capitaine Antoine et procède au ramassage scolaire direction la Toscane.

Un petit stop à l’autogrill Italien, au bon souvenir des sandwich triangle français... Une première pizza au restaurant, un retour à la vie normale auquel on reprend très vite goût. Bref, 7h de route plus tard et un appartement acheté en chemin, nous voilà à Sienne!  



Jour 1


Réveillez à 6h, le petit stress et l’excitation du départ. Le gros stress même, Martin a beau s’être enfilé une tablette Milka XXL la veille, les mollets sont saillants et Emilien nous parle déjà de la moyenne!
Direction la Piazza del Campo, lieu mythique pour l’arrivée des Strade Bianche, mais aussi le Palio qui traduit la passion Italienne. Pour y arriver cela se mérite, mais avec les sacoches sur le vélo, on joue pas les MVDP dans les rampes à 18%.

Pas trop de temps à perdre, il nous reste 120kms et plus de 2000m à parcourir, plus un ferry à ne pas louper.

La trace pour sortir de Sienne nous fait prendre quelques petites portions plates de Strade Bianche avant de rapidement nous retrouver sur des singles un peu plus techniques. Alors qu’on cherche notre trace dans une forêt dense, petit appel de l’hôtel pour dire qu’il faut revenir ramener les clés alors que nous sommes déjà partis de puis 2 heures. Petit coup de stress, les clés étaient dans la chambre…!

On ressort d’un long chemin de plus de 10kms en gravel, le retour sur le bitume fait du bien, le temps de réaliser que la fixation GoPro de Martin a cassé, et que celle-ci est donc resté sur un chemin pour le plaisir d’un promeneur ou d’un sanglier.

Un peu de route, une pancarte pour marquer l’entrée dans le seul village croisé de la journée. Vu le rythme depuis le début, je regarde de loin ce sprint car la journée s’annonce longue. Un petit restau pour se ravitailler. Tomates cerises, gnocchis et fraise en dessert, simple, basique, de quoi repartir pour encore 60 bornes!

On repart de nouveau sur des petites routes bucoliques, les chemins sont raides et les singles parfois techniques. On croise des motos cross en sens inverse sur le chemin, je me dit que je marque pas des points sur la trace… Il faut dire que la pluie intense des dernières semaines n’a pas aidé à rendre le terrain roulant.


On finit la partie chemin et il nous reste 20kms pour rejoindre Piombino. Je regrette un peu d’avoir mis la pression sur le timing, et un peu aussi d’être en 650x47, Emilien veut profiter de ce plat asphalté pour remonter la moyenne. Il suffit de peu pour exciter les autres chevaux de courses, on s’avale tout cela en 40min et nous arrivons à 17h à Piombino pour un ferry à 18h30. Ça nous laisse le temps de manger une bonne glace et découvrir le centre ville plutôt jolie.


On embarque et on profite d’un peu de calme pour préparer le lendemain. Car depuis le bateau, l’ile d’Elbe paraît aussi jolie qu’escarpée.



Jour 2


Nous voilà donc sur l’ile d’Elbe, en ce bicentenaire de la mort de Napoléon! Emilien est à Napoléon, ce que Martin est à la Mozarella, de grand fan!
L’avantage de cette journée, c’est qu’on revient au même hôtel le soir, l’occasion de laver les affaires et se délester un peu. Sauf moi, qui prends les maillots et serviettes de tous, après tout, on va longer les côtes et les criques de l’île toute la journée, on aura bien l’occasion de piquer une tête.


105kms et 2100 de d+ sont au programme. Le départ est très sympa, on reste plus longtemps sur la route que prévu, un petit stop café à la « dolce vita » histoire d’apprécier la vue après cette première montée. J’en profite pour gagner ce qui sera ma seule pancarte du séjour, c’est ça de pris, je peux me concentrer sur le prix de la combativité désormais.

Au sommet du Monte Perone (route culminante de l’île), on retrouve une belle trace gravel qui va nous faire redescendre sur la côte sud. L’occasion pour Antoine de montrer sa technicité avec quelques roues avant bien sentis. 

Pause restaurant dans un petit village au bord de la mer, histoire de goûter au plaisir culinaire italien et au charme de l’accueil, une nouvelle fois. On repart et la route ne dure pas longtemps, le chemin gravel est joli, mais ça monte à 20% et il fait chaud. On va pas se plaindre ça fait du bien début Mai de profiter en cuissard court manche courte sans se soucier de la température. Rapidement on se met une petite mission pour suivre la trace, à devoir porter et se retrouver dans le segment « salita brutale »: 1,3kms à 19% de moyenne avec un passage max à 36%… Brutal donc!


On bascule et la descente gravel est plutôt sympa, un peu de route au bord de la côte, y’a pire, on se retrouve à un croisement ou le port (et donc l’hôtel) sont à 10kms à gauche ou alors on suit la trace (à droite) pour un peu plus de gravel (et de dénivelé). Je sens qu’il en faut peu pour qu’on prenne à gauche, si je ne savais pas ce qu’il nous attend j’aurais sûrement fait pareil, mais je savais que cette boucle sur la péninsule sud de l’île valait le coup. « Non non les gars, c’est du gravel américain, faut y aller ». Au fond, je croise un peu les doigts quand même en espérant que google View ne m’avait pas trompé. Faut dire que je me fais un peu charrier sur la trace, la question que l’on retrouve sur tous les forums de gravel revient ici aussi avec insistance « c’est gravel ça? » Moitié chambrage, et moitié vérité, je n’ai toujours pas trouvé quelqu’un capable de répondre à cette question.  C’est sûrement ce qui est plaisant dans le gravel après tout !


Le chemin est en tout cas vraiment sympa, on peut le qualifier de « gravel américain », mais rapidement je vais de nouveau avoir quelques sueurs froides quand je vois la trace prendre la même direction qu’un panneau de piste de DH… 
Avertissement de Martin «je ne crois pas que ce soit le meilleur choix », je crois que c’est le moment de feindre une confiance aveugle dans ma trace et re balancer un peu de pression pour piquer l’orgueil du champion qui va descendre tout ça facilement. Plus de peur que de mal, nous voilà de retour sur une belle piste de bord de mer. L’occasion d’aller profiter d’une petite crique et piquer une tête.


Une quinquagénaire italienne en profite pour se rincer l’œil et c’est pas le regard en coin avec les lunettes de soleil qui vont nous duper. 
Retour en selle, dernière petite pause boulangerie et retour express sur Porto Ferraio, l’occasion de faire plaisir à Emilien qui veut soigner ses stats, en finissant les 10 derniers kms à 36 de moyenne. 
La Gelato à l’arrivée, une douche, une pizza, et une nouvelle gelato (évidemment).

 

Jour 3


Réveil matinal pour reprendre le ferry et enchaîner une nouvelle journée en se rapprochant de Sienne.

A la sortie du ferry, on attaque rapidement sur une section gravel sympa. On croise que des mecs en enduro avec casque intégrale et protec. On se croirait à Morzine, ça me fait un peu flipper sur la trace, il s’avérera que les Italiens ne doivent finalement pas être les meilleurs vttistes du monde car on reste à 200m au dessus du niveau de la mer et les chemins étaient très cool en gravel. 
Retour sur un peu de route, petite pause fraise fraîche au bord d’un champs (la belle excuse d’Antoine pour aller répondre à un besoin naturel dans les bosquets), deuxième crevaison de Martin quelque kilomètres plus loin, je lui avait pourtant dit de monter les Hutchinson Touareg… Heureusement on a un duo mécano de choc avec Antonin et Antoine! Sont débrouillards les gars du Chablais!


On se retrouve quelques kilomètres plus loin à nouveau dans une partie gravel assez cool (ou l’on croise une tortue, hommage à mon niveau pendant ce trip)! La partie gravel est assez longue et sauvage, on retrouve la route, les ventres creusent mais pas grand chose sur le parcours, on fait donc une entorse direction Severeto pour manger.

Village qui s’avère très typique et très jolie. (Très bien quoi). Malheureusement, on laisse le choix du restaurant à Martin. 4 personnes pour servir de l’eau, on commence à se dire que le panneau « Michelin » sur la vitrine c’était pas un clin d’œil à ces crevaisons...  
De très belles assiettes, pas beaucoup remplis, c’est chouette la cuisine gastronomique mais après 3jours sur le vélo, je crois qu’on aurait pu manger une 5ème pizza !


On repart, et on aperçoit toujours Piombino au loin, comme l’impression qu’en gravel les distances ne se parcourent pas aussi vite. 
Surtout que la route est raide pour rentrer dans les terres, une journée avec plus de dénivelé positif que négatif c’est toujours un peu plus dur dans la tête. Pour arriver à Monterotondo, on a 17kms qui monte par palier, avec un nouveau 1,6kms à 13% de moyenne. En vélo de gravel avec les sacoches sur le vélo, c’est une autre histoire.

Autour de nous, pour le coup c’est pas ouf, on est un peu dans le Springfield Italien. La bonne nouvelle comme dirait Antonin, c’est qu’en revanche la route est belle et les lignes parfaitement blanches. L’occasion d’un petit numéro (avec l’accent italien): « En échange de 45 centrales vapeurs et nucléaires, nous allons, sur toute la route, vous faire des lignes blanches, parfaitement blanches ». Parfois faut y être pour le comprendre. En tout cas c’est les moments ou tu as besoin de rigoler !


Un coca en haut et ça repart, on coupe une partie de la trace qui nous faisait reprendre 400m de dénivelé en 5kms pour aller direction Monteri, notre stop pour le soir. C’est un Airbnb alors on fait qq courses pour le soir et le petit déjeuner. 
Le village est tout petit, un restaurant, un bar, on en demandait pas plus. Les pizzas sont excellents et à 7€ pièce, autant en prendre deux! Un peu comme les Spritz. Quand tu commences à croire qu’un mec se balade avec un corbeau sur l’épaule alors que c’est une masque chirurgical qui lui pends à l’oreille, faut peut-être arrêter l’alcool. En vrai, le mec était loin et son masque noir…
Ils ont le sens du commerce en tout cas, 5 Kinder Bueno offert pour finir, Émilien est aux anges! 


Jour 4


Pas la journée la plus longue, mais avec son lot de surprises pour finir en beauté!
Petit dej maison par chef Antoine. Œuf, bacon, salade de fruit maison... un vrai petit dej de champion, du monde (ou pas). 
Dès le départ, on est à 2 doigts d’assister à un OTB* (over the bar) d’Emilien, suivi d’Antonin qui a faillit rouler sur ses belles lunettes, quelle dommage pour ce concentré de technologie jurassienne… C’est technique les marches avec un gravel et le poids des sacoches. On se met en route gentiment, la trace est gravel quasiment dès le début, et on se retrouve même sur une ligne de crête entourée des cyprès, on la voit de loin, on est dans un remix entre gladiateur et le final d’Imola ou Alaphilippe s’est envolé vers son titre. Petit plaisir! 


On se retrouve à traverser des rivières, ça rajoute son charme et au milieu d’un chemin nous assistons coup sur coup au passages de biches et d’une famille de sanglier, bucolique! Si y’avait pas tous ces miradors autour, on pourrait se dire que c’est le paradis pour ces animaux.


On ne s’arrête pas là, le chemin continue et longe une longue priorité grillagé ou réside une 50aine de biches, assez bizarre, ça ressemble pas vraiment à une réserve naturelle. (On se croirait un peu dans « sur le front » sur les parcs en Sologne). Ca ne loupe pas puisqu’un gros 4x4 bouillantnous rattrape. Je parle pas Italien mais je comprends rapidement qu’on partira pas en vacances ensemble et qu’il souhaite pas trop qu’on aille plus loin. Chemin privé ou non, on était pas au bon endroit, et malgré le surnombre on préfère jouer l’apaisement et rebrousser chemin que de se faire un ennemi (la finesse des chasseurs ayant l’air internationale). 


Un peu de route en supplément du coup, on retrouve notre chemin gravel quelques kms plus loin. L’occasion d’une nouvelle rencontre, on se fait d’abord prendre en chasse par deux chiens de garde que le maître des lieux rappelle tant bien que mal, avant d’arriver dans un champs ou je vois pleins de moutons, et pas une seule ligne électrique, ça pue le patou cette histoire (pour la petite histoire on en a déjà croisé un la première journée qui a failli nous bouffer le mollet, l’occasion d’apprendre qu’Emilien a peur des chiens).
Pas loupé, je vois un premier patou au loin, et en fait il a un copain, ou une copine. Deux gros patous au milieu du chemin, pas le moment de freiner ou douter, j’avoue que je suis content qu’on soit un peu groupé sur le coup, Antonin imite à la perfection le mouton, j’ai toujours pas compris la technique, tandis que j’ai un pied de sortie prêt à dégainer.


On se remets de nos émotions en profitant des derniers singles assez cools et de plus en plus rare à l’approche de la ville. Dans la montée finale, je laisse les costauds s’expliquer, je pète comme un pop corn dès le pied de la bosse (que je monte tout de même à vélo, pas en escalator comme certains…) 
Une dernière photo à la Piazza Del Campo, c’était plus sympa le Jeudi matin à 8h que le Dimanche à 13h. On trouve un petit restau sympa (apparement les meilleurs carbonara de la ville), au bon souvenir de ces 4 jours, difficile, ensoleillé, à la découverte d’une région charmante, comme l’Italie sait faire. 

Une petite amende sur le pare brise, on se change et on rentre. Encore 7h de route pour débriefer et réfléchir au prochain trip. Une destination semble d’ores et déjà se dégager, alors prêt à repartir?
De mon côté, les Dolomites m’attendent d’ici peu et j’ai déjà hâte de vous en dire plus. Merci à tous de nous avoir suivi, et merci à l’équipe de choc qui m’a donné du fil à retordre sur la trace et sur le vélo! 
Mention spéciale à Emilien qui a continué à me faire transpirer sur la route du retour. Faut dire que le mec passe plus de temps à regarder le copilote que la route quand il conduit ;) 

 


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